La guitare baroque

Tableau de Jan Vermeer van Delft

La guitare à l'époque baroque


Une petite mise au point peut-être utile pour ceux qui ont quelques difficultés à situer cette période de l'Histoire:
Le baroque est un style qui naît en Italie à la fin du XVIe siècle. Il se répand rapidement dans la plupart des pays d’Europe et dura pendant tout le XVIIe siècle. Il touche tous les domaines artistiques, sculpture, peinture, littérature, architecture et musique. Il se caractérise par l’exagération du mouvement, la surcharge décorative, les effets dramatiques, la tension, l’exubérance et de la grandeur parfois pompeuse.
Selon les domaines artistiques et les pays, l'art baroque a eu une durée variable. En France, l'architecture et la littérature ont délaissé ce style sous Louis XIV. Pour l'art musical au contraire, tant sur la facture des instruments que pour les oeuvres, ce style a été fort apprécié et entretenu. Concernant les instruments eux-mêmes, il était de bon ton qu'ils soient richement sculptés et décorés.
Certains instruments trop encombrants, trop bruyants ou trop "techniques" pour être appréciés par les jeunes seigneurs ou dames de cours, n'avaient qu'une clientèle: celle des musiciens de bons talents.
Dame à la guitare

La guitare avait une position à part. Sa relative faible puissance sonore l'écartait des orchestres. Elle était éventuellement utilisée en accompagnement au côté de théorbes, archiluth ou autre violes de gambes. C'était en revanche un instrument préféré des saltimbanques et des poètes. Ceux qui savaient séduire ou faire rire les filles et les demoiselles des grandes familles. Elle était légère agréable à tenir contre soi et surtout, relativement facile à apprendre pour en sortir quelques accords. Le genre musical porté par ces gens plaisants était surtout une musique d'accompagnement joué en accords, sans doute un peu comme aujourd'hui dans les chambres de nos ados.
Les luthiers vénitiens tels que, sans doute, Giorgio et Matteo Sellas avaient compris que la guitare populaire à 5 choeurs venue d'Espagne ne faisait pas assez "riche" pour les jeunes Seigneurs et surtout les Dames des grandes Maisons Vénitiennes et Lombardes. Ils ont transformé leur facture en incorporant des matières rares telles que l'ébène, l'ivoire ou la carapace de tortue. Ils ont imaginé des décorations et des montages fous. La guitare est ainsi devenue un objet désirable par sa beauté, son toucher, et en plus permettre de produire une musique intime. Que fallait-il de plus pour enchanter les belles Dames prêtes à toute dépense pour s'offrir ou se faire offrir cet objet tant désirable?
Dame de Qualité jouant de la guitare

La preuve de cet enchantement des élégantes pour la guitare est le nombre extraordinaire de peintures et de gravures montrant des comtesses ou autres marquises en position de jouer sur une guitare richement décorée.
Cette mode se propagea principalement en France. Si on dit qu'elle a séduit le jeune roi Louis XIV pour qui le Cardinal Mazarin a fait venir d'Italie Francisco Corbetta pour devenir son maître de musique. Il sera succédé par Robert de Visée. Giovanni Battista Lulli alias Jean Baptiste Lully fut lui-même un excellent guitariste. Quand une mode touche ainsi le Roi Soleil, qu'advient-il? Dans les salons et les chambres des Hôtels particuliers, la guitare doit avoir sa place. C'est ainsi que des lignées de luthiers parisiens et surtout à Mirecourt se sont fait une réputation devenue historique.
Guitare de Jean Voboam
    La dynastie des Voboam est certainement la plus emblématique.
  • Le père: René Voboam (1606-1671), le frère Alexandre ( ?- 1679)
  • Les fils de René: Jean et Nicolas-Alexandre dit le jeune
  • Jean Baptiste le fis de Jean (1671-1735).
Cette dynastie fabriqua les plus belles guitares de leur temps. Celles-ci étaient richement décorées plutôt par la technique du plaquage de bois précieux, mais en laissant la table à peu près libre. Le barrage est réduit au minimum sans entraver les vibrations.
Les guitares vénitiennes étaient plutôt construites à l'aide de côtes et le dos était bombé; technique sans nul doute issue de la fabrication des luths. Les guitares Françaises avaient le dos plat. Les éclisses réalisées en bois "commun" cintré à chaud. Le tout étant plaqué de bois précieux ou d'écailles de tortues selon un motif de grande splendeur. Le tour de la caisse, de la rosace et souvent du manche était traditionnellement orné de motifs alterné de losanges en ivoire et ébène appelés "pistagnes" séparés de filets des mêmes matières.
Elles étaient montées de 5 choeurs, plus précisément de 4 cordes doubles et d'une simple, la plus aigüe, appelée chanterelle. Elles étaient faites de boyau ou de soie filée.

 

 

Rose d'une guitare de Jean Voboam



L'ouverture de la rosace était semi obstruée par une construction en trois dimensions nommée "rose". Elle consistait en un montage de deux à 4 étages de dentelles de parchemin finement découpé. Cette rose donnait un son feutré, mais participait à la finalité décorative de cet objet de luxe.

Le chevalet était collé, les cordes montées à la manière du luth. Deux fines volutes fleuries découpées généralement dans une plaque d'ébène ornaient de part et d'autre le chevalet.
Moustache Jean Voboam
Leur forme et leur position les ont fait nommées "moustaches"
Les luthiers français ont acquis un savoir faire de renommée qui perdurera jusqu'à la fin du XIXième Siècle.
Elle évolua constamment, incluant des variantes extraordinaires ( guitares-harpes, guitares à six, sept, dix cordes, à double tables...)
La constante de ces luthiers est la recherche de proposer des objets de riche décoration, tout en assurant une sonorité exemplaire pour l'époque.

On imagine cette femme joyeuse
chantant dans une taverne.
Sa guitare n'est pas luxueuse
Revenons à cette période baroque. La guitare n'a certainement pas envahi exclusivement les salons. Elle est restée très populaire. Toutefois on peut facilement s'imaginer que les guitares de saltimbanques étaient de plus simples factures. Toutefois les grands luthiers en fabriquaient et enseignaient leur savoir faire. Les guitares populaires avaient certainement une bonne sonorité, mais elles ont subit la déconsidération du temps. Peu ont subsisté.

Dans les couches populaires le jeu de la guitare a certainement été appris dans les rues et les tavernes. De leur côté les riches familles ont cherché bien-sûr des professeurs de guitare pour apprendre leur art à leurs jeunes hommes ou surtout leurs jeunes dames. Des luthistes et théorbistes tels que Robert de Visée se sont converti à cet instrument pour profiter de la demande. Ils ont composé de belles oeuvres, mais il faut le dire, le répertoire reste limité.
Guitare battente (1620)

En Italie la mode était semble-t-il à se montrer à l'extérieur ou dans les cours, et faire beaucoup de buits en chantant et dansant. La guitare battente avait des cordes métalliques ou en soie attachées à la caisse. La table était quelquefois pliée, comme la mandoline napolitaine, afin d'admettre une tension plus forte des cordes pour un son plus puissant. Ces guitares étaient, dans leur version de luxe également richement décorée avec une surabondance de motifs, y compris sur la table elle même. Le but n'était pas la qualité musicale, mais l'excès dans le "paraître".


Des luthiers Allemands ont réalisé de somptueuses guitares aux décorations surchargées. L'une des plus célèbre est la somptueuse guitare finement décorée, fabriquée par Joachim Tielke commandée par Frederic IV du Dannemark pour sa soeur Sophie. Cette guitare serait conservée par la famille Royale.

Guitare de Joachim Tielke

 

 

 

 

Ces merveilles de facture instrumentale ont traversé le temps jusqu'à nous, parfois sans de graves dégradations. Certaines guitares ont été modifiées pour changer le nombre de cordes ou le montage du chevalet pour les transformer en guitare battente.

 

 

 

 

 

 

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